• Séverine Coffinot Coach'In & Out

LA HONTE : QUE VONT PENSER LES AUTRES ?

Cette émotion est une émotion universelle, sociale, une expérience douloureuse. Elle exerce un pouvoir sur nous, de faire ou ne pas faire, penser cela ou non, et nous fait croire que l’on est défaillant.


La honte s’active quand on pense que l’on est en dehors des normes sociales.

Elle agit comme un agent régulateur : je suis dans la norme, je suis dans le groupe, je suis accepté, tout va bien.


Je ne suis pas dans la norme, je prends le risque de m’exclure du groupe, et de faire face à des critiques, des jugements, et d’avoir honte d’être sorti de cette acceptation sociale, donc potentiellement de ne plus exister.


La honte est pourtant un sentiment régulateur, structurant, apprenant.


A la différence de la culpabilité qui est le fait de savoir qu’on a fait quelque chose de mal, la honte, c’est s’assigner l’étiquette “je suis mauvais””.


La culpabilité est inconfortable mais utile; la honte a un pouvoir destructeur pour soi et les autres. C’est pour cela qu’on ne parle pas de rejeter ou de nier ce sentiment, mais plutôt de l’apprivoiser. Mais avant de l’apprivoiser faut-il déjà l’avoir reconnu.

Identifier la honte et comprendre ses déclencheurs


Parfois, elle nous entraine dans des situations où elle se manifeste par anticipation, par supposition et c’est là qu’elle devient potentiellement handicapante.


Je prends par exemple une situation dans laquelle nous avons décelé un risque potentiel de ressentir la honte.

Je dois prendre la parole devant un groupe, devant mes pairs, et je redoute, j’anticipe le fait d’avoir honte. Honte car j’ai peur de me tromper, d’être ridicule pas à la hauteur, indigne de ce groupe, dans ce groupe.

Et l’on se pose la question, vont-ils encore m’accepter malgré ma défaillance, mes erreurs, mes différences ?

Serais-je rejeté du groupe ?

Il est fort à parier que non, mais nos voix intérieures en ont décidé autrement.

Nous avons anticipé le fait d’être rejeté du groupe, et donc la honte est venue s’activer, comme une protection pour empêcher de prendre trop violemment ce rejet s’il devait arriver.

Alors comment se libérer de cette honte construite par notre mental, nos suppositions, nos anticipations ?

Faire jouer le sens critique

Tout d’abord, il s’agit de faire jouer notre dialogue interne. Certes des petites voix, appelées nos gendarme intérieurs, nos critiques intérieures, s’activent et nous envoient tous ces message peu encourageants. Mais qui vous empêche d’actionner d’autres petites voix, plus aidantes, plus douces avec vous ?

Appelez-les comme vous voulez, vos guides, vos anges gardiens, chacun a ses appellations, ses croyances.

Mais l’important est que ce dialogue se mette en place et que ces fameuses petites vois aidantes viennent assouplir les autres, les raisonner en donnant des exemples factuels, confrontants.

Qu’est-ce qui justifie ce possible rejet de notre entourage ? Quelle preuve existe t’il actuellement ?

Et vous verrez, il n’y a aucune preuve, aucun fait, tout est construction de l’esprit. Donc vous n’aurez plus besoin de l’acceptation du monde, seulement d’activer les petites voix aidantes.


Expérimenter

Une autre solution consiste à prendre le risque d’avoir honte, y aller, volontairement. Ces exercices visent à démontrer que notre personne, notre identité est inaltérable, quoi que l’on fasse, ou dise, cela ne vient pas entamer notre valeur personnelle.

Et ça, c’est la clé : nous avons la même valeur, nous sommes les mêmes personnes, même si notre entourage pourrait nous faire penser le contraire ou si certaines expériences tendent à nous fragiliser.

Penser de cette manière nous aide à être plus libres, de vivre selon nos propres besoins, valeurs, sans tenir compte du fait que notre entourage nous accepte ou non.

Vous l’avez compris, si l’on se valorise soi-même, si on est conscient de ses atouts, si on a accepté également que les autres ont des valeurs différentes, des besoins, une identité à part entière, alors tout cela est sain, acceptable, Il sera ainsi plus facile de comprendre que notre existence est là, intacte, notre être n’est pas abimé mais au contraire est unique tout en faisant partie d’un tout.

Il existe à la fois pour lui-même, et au sein du groupe. Mais il ne se dissout pas dans le groupe, il évolue à travers ce groupe avec ses propres codes, idées, pensées.

Il n’y a pas besoin de prouver aux autres, de se faire accepter à tout prix, notre authenticité, notre honnêteté vis-à-vis de nos valeurs, de notre identité » suffit à nous faire exister.

Expérimenter la honte, ressentir que l’on aurait fait quelque chose de mal, c’est en fait se dire que nous somme méprisables, indignes d‘amour, de confiance et que le groupe a raison de ne pas nous inclure, de ne pas nous accepter.

Et les petites voix du critique s’en donnent à cœur joie : « tu ne sauras jamais faire autrement, tu n’es pas digne, pas capable etc. »

Alors tentez quelque chose de ridicule, qui pourrait selon les codes de la société vous exposer à de la honte. Cela entrainera selon vos croyances des haussements d’épaules des ricanements, du mépris.

Mettez-vous par exemple à vous habiller de manière très différente, dansez dans la rue, riez fort, chantez, bref faites quelque chose de « hors norme » mais qui vous, vous attire un peu, qui réveille en vous votre côté marginal, original, mais que vous n’oseriez jamais faire.

Et constatez comment au final rien de terrible n’arrive, il se ne passe pas grand-chose de stigmatisant. Alors oui, il y a peut-être des regards, des sourires, des chuchotements dans votre dos, mais vous, comment vous sentez vous d’avoir franchi ce cap, êtes-vous abimé ? Ou au contraire avez-vous ressenti un grain de liberté, de folie libératrice, comme si vous osiez sortir de votre coquille afin de montrer une autre parte de vous ?


Se détacher : déclencher la valorisation personnelle


Et puis même si il y avait rejet de la part d’une personne, ou d’un groupe de personne, cela est-il si grave ?

En quoi est-ce si important que l’on vous approuve, n’est-ce pas important de se montrer tel que vous êtes et d’être accepté pour cela ? Que veut dire une acceptation si elle se base sur un mensonge, ou en tout cas une réalité déformée, arrondie, pour rentrer dans le moule ?

Qui a un problème en rejetant, vous ou l’autre ?

Vous voyez que tolérer la honte, l’apprivoiser, et relativiser ce qui arrive est une libération, une affirmation de soi essentielle à votre estime et confiance en vous.

Ainsi vous vous rendez compte que nos pensées sont erronées, elles généralisent, dramatisent, on focalise notre attention de manière sélective sur certaines détails sans avoir une vision réaliste de la situation.

Alors oui, il y aura des personnes jugeantes, voire insultantes et cela pourrait vous blesser. Dans ce cas, je vous conseille d’exprimer ce sentiment auprès d’un proche, de ne pas le laisser pourrir a l’intérieur.

Mais si nous prenons le cas plus général, ces personnes ne représenteront qu’une minorité, et si on regarde dans le détail, regardez la vie, le visage de ces personnes. Respirent-elles le bonheur, la joie, l’ouverture d’esprit ?

· Est-ce si important de tenir compte de l’avis de ces gens-là ?

· N’est-ce pas eux qui ont un problème, ou sont mal dans leur vie ?

Orientez votre regard sur les autres personnes, celles qui ont peut-être ri de manière bienveillante à votre démonstration de chant en pleine rue, celles qui vous ont abordé, félicité.

Et enfin dites-vous que vos petites voix critiques, chacun a les mêmes, ou d’autres tout aussi gênantes, blessantes, handicapantes. Vous n’êtes pas seul.

Chacun fait l’expérience de cette honte, et ajuste, rectifie le tir, ressent. Et au final s’ils se permettent de juger, c’est leur problème, pas le vôtre.

Alors soyez libre d’agir comme bon vous semble !


Séverine COFFINOT

Coach’In & Out

www.coachinandout.com